Le PAPIER PEINT, la nouvelle mode en Tunisie

Ils s’appellent Papermint, Le Presse papier, Traits Français, Maison Images d’Épinal, Tenue de Ville, Mues Design ou encore Petite Friture. Ils développent des collections depuis moins de 10 ans, se sont emparés des technologies d’impression numérique pour proposer des univers multiples à la personnalité affirmée, et proposent produits originaux, responsables et éco- conçus. Rencontre avec les nouveaux éditeurs de papier peint qui cartonnent en Tunisie.

LE PRESSE PAPIER, CRÉÉ EN 2012. Deux questions à Sébastien Barcet, fondateur de la marque

Comment est né Le Presse Papier?

J’ai toujours eu une passion pour les arts graphiques et la création en général. Dans une autre vie, j’ai été musicien, puis j’ai troqué mes instruments contre des encres et de la couleur, dans un atelier de sérigraphie et de micro impression textile, qui ont grandement développé mon intérêt pour l’impression en tant que telle. En 2011, j’ai créé un studio d’impression numérique, Artprint, avec l’envie de mettre un pied dans le grand format. Nous réalisions aussi des chan­tiers où nous fabriquions de la découpe adhésive très fine, des impressions très qualitatives qui étaient posées sur des murs ou des vitrines, pour des marques haut de gamme, comme Lacroix skis ou dans des résidences de Luxe en Tunisie, en autre à Gammarth. Dès le départ, en voyant les machines, ce qu’elles étaient capables de faire, leur polyvalence, l’idée de faire du pa­pier peint est arrivée très naturelle­ment, et j’ai donc commencé à dessiner des motifs que je proposais aux archi­tectes d’intérieur et aux décorateurs. Au fur et à mesure, les collections se sont achalandées, l’équipe s’est ren­forcée de 3 dessinateurs et dessina­trices confirmés, Pierre Bonetto, Olga flic et Chantal Lassieur, et la demande du grand public est devenue croissante. D’autant qu’à l’époque, il n’y avait pas ou très peu d’éditeurs comme nous sur le marché, d’un bout à l’autre du procédé, de la conception à la distribution.

Quel est l’ADN du Presse Papier?

Je dirais que nous sommes avant tout des passionnés et la couleur joue un rôle essentiel dans nos créations. Nous pui­sons nos inspirations dans la littérature, le cinéma, l’architecture, la musique, etc. Les collections sont portées par le savoir-faire de dessinateurs confirmés. La qualité du dessin est capitale, tout en restant dans une identité marquée, influencée par les années 1950 ou 1960. Sans pour autant verser dans le mélo, notre envie est aussi de proposer une forme poétique dans un monde un peu tracassé. J’aime l’idée, comme avec les nouvelles collections, d’envoyer des fleurs… sur les murs. Nous sommes aussi, ne serait-ce que du fait de notre situation géographique, ancrés dans la tradition des soyeux lyonnais et des concepteurs qui créaient les motifs pour l’industrie du textile. Et ce dialogue avec la tradition fait aussi partie de notre ADN. Nous rallumons en quelque sorte cet univers, en le réadaptant au monde tel qu’il est et aux outils de production contemporains. Enfin, il est important de noter que nous sommes concep­teur, éditeur et fabricant. Nos papiers sont labellisés Imprim’vert, nous n’utili­sons pas de solvants, et nous veillons à la qualité de la production à toutes les étapes. D’ailleurs, nous sommes sélec­tionnés pour la campagne de publicité Toyota Origine France garantie. Nous sommes désormais présents dans les vitrines Ressource… Nous déclinons les dessins sur du textile, des coussins. Et nous ne manquons pas d’idées, surtout pour nous adapter au marché tunisien ! Nous avons été dernièrement inspiré par le palais Ksar Saïd qui vient d’être restauré.

PAPERMINT, CRÉÉ EN 2016 Trois questions à Alexandra Bruel, co-fondatrice de la marque

Comment est née la marque Paper­mint?

J’ai créé Papermint avec mon père, Jean-Marc, alors que nous étions asso­ciés à une agence de design graphique : dans ce cadre, nous faisions beaucoup d’habillage mural pour des clients qui avaient besoin de décliner leur univers à plus grande échelle. L’envie est alors née de créer nos propres designs, de les diffuser, et donc de les fabriquer. Nous avions déjà des imprimantes numériques, même si elles étaient bien différentes de celles que nous utili­sons aujourd’hui. Mais ce savoir-faire graphique et en impression numérique, nous le possédions déjà, même si nous n’avions pas de ligne éditoriale prédé­finie. Il s’agissait plutôt de faire des choses qui nous amusaient, que nous avions envie de retrouver chez nous.

Comment définir votre ligne édito­riale?

Disons que nous développons des univers. Nous nous voyons comme une marque de décoration murale qui permet de créer une atmosphère avec quelques lés. Évidemment il y a des styles que l’on retrouve dans nos collec­tions, comme la partie végétale, faite de jungles et des gros motifs. Notre autre spécialité est le panoramique, pour laquelle nous sommes en train d’enrichir nos propositions et c’est très prenant. L’approche est différente des gammes standard: nous réalisons une compo­sition dessinée à la main, puis nous travaillons sur un logiciel pour repro­duire les motifs à plus grande échelle. En complément, nous avons développé des gammes de peinture en collabora­tion avec Mercadier. C’est un vrai plus, qui permet d’allier les couleurs de nos papiers et des murs dans un projet. Et nos dessins s’adaptent très bien sur du textile, d’où les collections de coussins et de tissus.

Vous produisez tout?

Nous avons un atelier dans le XIXe arrondissement de Paris, où est réalisée environ 60% de notre production. Là, nos clients peuvent choisir le dessin, le type de papier, les dimensions, deman­der des personnalisations. En parallèle, nous faisons aussi fabriquer en série des lés de dimensions standard, en héliogravure, dans l’une des dernières villes de France qui possède encore le savoir-faire. Bref, nous avons deux offres et deux manières de travailler. C’est parfois compliquer de jongler entre les deux, mais cela nous permet de répondre aux marchés particulier comme professionnel, même internationaux comme celui du haut de gamme en Tunisie.

PETITE FRITURE, COLLECTIONS DE PAPIER-PEINT LANCÉE EN 2014 Deux questions à Amélie du Passage, fondatrice de la marque

Quand et pourquoi un éditeur de mo­bilier et de luminaires tel que Petite Friture a-t-il décidé de lancer des col­lections de papier peint ?

La première collection est sortie en 2014, en collaboration avec une jeune designer textile: Tiphaine de Bodman, qui avait l’habitude de signer des col­lections pour des marques de mode ou des éditeurs classiques de papier-peint et de tissu d’ameublement. C’était donc une sorte de première pour elle et pour nous. J’ai toujours envisagé la marque Petite Friture comme un univers, avec un type de design et des valeurs propres. Or, l’une des manières d’ex­primer cet univers est évidemment de sténographier les produits ensemble (mobiliers, objets, luminaires), mais aus­si de le poser dans un cadre graphique. Pour cela, le papier peint est fantas­tique! Et puis c’était aussi une façon intéressante de s’ouvrir à d’autres ter­ritoires d’expression: l’art contemporain avec Ana Montiel, l’illustration avec Lisa Laubreaux, ou le design graphique avec Leslie David ou Shelley Steer.

En tant qu’éditeur, quel regard por­tez-vous sur le renouveau fulgurant du papier peint en Europe certes mais plus particulièrement en Tunisie ?

Je crois qu’il y a d’abord une réalité technique derrière cela: auparavant, on travaillait avec des procédés ances­traux qui nécessitaient d’importants in­vestissements de la part des fabricants. Aujourd’hui, l’accès aux technologies d’impression est facilité, on peut fonc­tionner en numérique. Certains motifs sont d’ailleurs beaucoup plus adaptés à ces méthodes, permettant de faire évo­luer le dessin. Ensuite, l’apparition d’une utilisation plus parcimonieuse du papier peint, pour ne faire par exemple qu’un mur, a eu, il me semble un impact libé­rateur. Cette nouvelle approche portée par des prescripteurs a fait naître une demande de la part du public. Et tant mieux! Ces produits expliquent l’uni­vers de notre marque. Pour un coup faible, avec des contraintes de mise en oeuvre minimum, ils permettent d’ex­primer une atmosphère chez soi. D’ail­leurs, à l’intérieur de chaque collection que nous proposons, les déclinaisons de couleurs sont minimales, là où un fa­bricant de papier peint traditionnel au­rait présenté un catalogue exhaustif de variations. Nous visons une proposition marquée, créative, un peu osée. C’est un état d’esprit.